Ténèbres
« Il faudrait parvenir à cette sagesse élémentaire de considérer les ténèbres où nous allons sans plus d’angoisse que les ténèbres d’où nous venons. Ainsi, la vie prend son vrai sens : un moment de lumière. » de Paul Guimard, Le Mauvais temps
Définition
Obscurité profonde. Dans le langage biblique et dans la tradition chrétienne, les ténèbres symbolisent et désignent le monde sans Dieu, le mal. Alors que le Christ est «lumière du monde», Satan est le «prince des ténèbres». Le Christ, par amour pour les hommes et par sa résurrection, a vaincu le mal et le monde des Ténèbres.
Nom féminin : la ténèbre, le plus souvent utilisé au pluriel. Les ténèbres sont d'abord un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l'état de l'âme privée de Dieu, de la grâce, et qui signifie privation totale de lumière, obscurité. Le mot est attesté dès le XIIe siècle. Du latin tenebræ, ayant la même signification.
Les Ténèbres dans la Bible
Les ténèbres constituent un concept philosophique, ésotérique et religieux profondément inscrit dans la culture occidentale et judéo-chrétienne. On trouve en effet aussi bien dans le prologue de l'Ancien Testament que dans celui de l'Évangile selon Jean, deux allégorie similaires qui exploitent un symbole fort : celui de l'opposition entre la lumière et les ténèbres.
Les 5 premiers versets de la Genèse que l'on nomme le béréshit (בראשית), racontent le premier jour de la création et la naissance de la lumière :
- « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »
Ce que ne nous dit pas la Genèse, c'est si Dieu est également le créateur des ténèbres. Cependant, Isaïe proclame (45:7) : "Je forme la lumière et Je crée les ténèbres [...]".
L'évangéliste Jean, que les exégètes qualifient généralement d'ésotériste, reprend ce prologue, à sa manière, pour débuter son évangile. Le ton est plus dramatique car il conclut à un échec de réconciliation entre la lumière et les ténèbres :
- « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont point reçue. »
Les Ténèbres dans les religions
Le catholicisme définit les ténèbres comme l'état néantiel primordial de l'univers, avant la création. Malgré cela, une fois la création accomplie, les ténèbres subsistent comme reliquat de l'ancien monde et représentent une vacuité où l'âme peut se perdre. Une liturgie spéciale y est dédiée, les « Leçons de ténèbres » (Office religieux qui se déroulait les trois derniers jours de la semaine sainte, d'abord la nuit, puis le soir, et au cours duquel on éteignait une à une toutes les lumières de l'église).
D'une manière générale dans les religions orientales (hindouisme, bouddhisme, taoïsme) le monde n'est pas simplement divisé en deux, la Lumière d'un côté et les Ténèbres de l'autre. Le symbolisme traditionnel y introduit un élément intermédiaire, l'Ombre, le Tao, qui tient lieu à la fois d'élément équilibrant et de lien, de pont spirituel entre Lumière et Ténèbres. Alors que les Ténèbres sont absence de Lumière, l'ombre n'existe que si, « de l'autre côté » existe une source de lumière. C'est pourquoi dans le panthéon hindouiste et dans le bouddhisme tibétain, des divinités des trois mondes (divinités blanches, divinités noires et divinité irritées) se partagent le monde invisible.
Les Ténèbres vues par les Cathares
Pour les Cathares, comme pour les Manichéens,
- Il existait deux principes opposés,
- Le principe du Mal est à l'origine
- de la Matière,
- du monde visible et, par conséquent,
- de tout ce qu'il y a de mauvais en ce monde.
- Le domaine du principe du Bien, c'est-à-dire de Dieu, est
- le monde invisible,
- celui de l'Esprit et de la Lumière
Les Ténèbres dans la quête initiatique
Dans l'initiation traditionnelle, la « descente aux enfers » est un passage incontournable au cours duquel le candidat doit affronter ses peurs, des chimères, c'est-à-dire les zones obscures et cachées de son subconscient.
C'est en fait l'épreuve ou le passage le plus important du rite initiatique, le moment où le candidat doit se découvrir lui-même en sa nature la plus profonde et la plus intime, se renouveler, mourir et renaître. L'« obscurité intérieure », la « traversée de la nuit », la « traversée du désert », le « voyage dans la terre intérieure », le « combat contre les ténèbres » sont autant d'expression imagées censées exprimer cette phase de transformation spirituelle et psychologique.
L'alchimie évoque aussi ce passage par les ténèbres transformatrices au cours de cette phase du "travail" appelée Œuvre au Noir.
Ésotérisme et symbolisme
Tous les ésotérismes se rejoignent dans le concept de ténèbres lorsqu'il s'agit de symboliser l'inconnu, le mystère, l'angoisse, la recherche, l'ignorance.
Des symboles traditionnellement forts sont naturellement associés aux Ténèbres :
- La couleur noire
- La nuit, l'obscurité
- L'enfer, le séjour des morts, la tombe
- Certaines divinités comme Mâ Kali (la mère noire destructrice), Lilith
On retrouve la division tripartite propre aux croyances orientales dans l'ésotérisme occidental, notamment avec le symbolisme du triangle (franc-maçonnerie) et des trois forces : forces de la Lumière, forces de l'Ombre et forces des Ténèbres.
Sociologie, psychologie, modes
Les Ténèbres sont, depuis toujours, une source intarissable d'inspiration pour l'imagination des hommes. Elles constituent donc un thème idéal pour écrire des romans de fiction, d'anticipation, d'angoisse ou de mystère. Et par voie de conséquence un thème particulièrement populaire pour réaliser des scénarios de films, de jeux vidéo et de jeux de rôles.
L'attrait pour le côté noir des choses, même s'il est particulièrement exacerbé aujourd'hui grâce aux moyens techniques remarquables de représentations (images de synthèse, trucages cinématographiques), n'est pas une nouveauté du monde moderne mais a toujours existé. La psychosociologie montre que l'homme, surtout dans ses comportements collectifs, éprouve un attrait instinctif pour le morbide, le catastrophisme. Il suffit de voir l'engouement collectif pour les mauvaises nouvelles, les catastrophes humanitaires, les guerres, les maladies des personnages célèbres. Depuis Immanuel Velikovsky, « le catastrophisme est de plus en plus à la mode : c'est ce qui fait vendre les journaux et justifie CNN ou EuroNews… »
C'est probablement Nietzsche qui décryptera le premier les pulsions qui poussent l'homme à éprouver plus d'attrait pour les Ténèbres que pour la Lumière. En créant, imaginant ou amplifiant des mondes noirs, pessimistes, sinistres, effrayants ou effroyables, l'homme alimente un pôle négatif qu'il oppose à sa vie quotidienne et lui permet de la voir meilleure. C'est la philosophie du « il y a pire ailleurs ». Une forme de catharsis ou d'exorcisme qui permet de rendre supportable ou acceptable l'insipidité de la vie quotidienne.
Mais l'attrait pour les mondes noirs imaginaires est aussi une échappatoire permettant d'évacuer la haine et la violence, un autre aspect de la catharsis.
Mythes connexes
- Descente d'Inanna aux Enfers
- Descente d'Héraclès (Hercule) aux Enfers
- Le combat des fils de le Lumière contre les fils des Ténèbres (mythologie juive)
Fictions et mythes modernes
BD, Jeux
Pokémon XD Le Souffle des Ténèbres – Tomb Raider : l'Ange des Ténèbres – Vampire : l'Âge des Ténèbres – Marque des Ténèbres – Le Monde des ténèbres – Tenebrax (personnage de BD) – Chroniques de la Lune Noire – Ave Tenebrae
Films, série TV
Darkness - Bart des ténèbres – Prince des ténèbres – Evil Dead 3 : l'armée des ténèbres – Le Messager des ténèbres – Le Cinquième Élément
Romans
Cœur des ténèbres – La Part des ténèbres – Les Fils des ténèbres – Le ravin des ténèbres – Ténèbres sur Diamondia – Quand les ténèbres viendront – Seigneur des Ténèbres – La conspiration des ténèbres - Beaux Ténèbres
Autres
Contributions
Les vierges s'enfuient du paradis depuis l'arrivée des premiers salafistes...
Jean Cocteau, poète de l´au-delà
La conversion de Cocteau au catholicisme autour des années 1925 fut fulgurante mais courte, puisqu’il refusa de se soumettre à l’autorité de l'Église. Paradoxalement, Cocteau ne refuse ni Dieu ni le christianisme qui imprègnent profondément son œuvre. Il a choisi de servir la poésie d’abord et avant tout, ce qui entraîna chez lui mille souffrances (” la poésie ne roule pas, ne s’étale pas. Elle émane, elle sourd des ténèbres. ”) C’est une vie de souffrance et d’amour que nous décrit Clément Borgal. Une vie aussi profonde que l’œuvre qu’elle engendra.
Définir la folie ?
" Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanités des vanités, tout est vanité.
Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne sous le soleil ? Une génération s'en va, une autre vient, et la| terre subsiste toujours... Toutes choses sont en travail au delà de ce qu'on peut dire, l'oeil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se lasse pas d'entendre. Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. " (26) " Alors j'ai tourné mes regards vers la sagesse, et vers la sottise et la folie ...
Et j'ai vu que la sagesse a de l'avantage sur la folie, comme la lumière a de l'avantage sur les ténèbres; le sage a ses yeux à la tête, et l'insensé marche dans les ténèbres. Mais j'ai reconnu aussi qu'ils ont l'un et l'autre un même sort. Et j'ai dit en mon coeur : J'aurais le même sort que l'insensé; pourquoi donc ai-je été plus sage ? Et j'ai dit en mon coeur que c'est encore là une vanité. Car la mémoire du sage n'est pas plus éternelle que celle de l'insensé, puisque déjà les jours qui suivent tout est oublié... " (27)
" Car l'homme s'en va vers sa demeure éternelle, et les pleureurs parcourent les rues ... " (28)
A quoi bon soigner si tout n'est que vanité, si soignants et soignés finissent l'un et l'autre par s'en aller vers leur demeure éternelle ?
A quoi bon se soucier de la " folie ", si sagesse et folie sont les deux faces d'une même journée ?
Ainsi que le proclame Camus via Caligula, il n'est qu'un problème réellement sérieux : " Les hommes meurent et ne sont pas heureux. " (29)
Qu'y puis-je ?
Au nom de quoi puis-je me prétendre soignant ? D'un examen réussi? D'une capacité à recevoir la souffrance de l'autre sans que celle-ci ne me détruise ? D'un don cultivé ?
Ma position de soignant raisonnable est-elle réellement préférable à celle de malade psychotique ?
Les hommes meurent et ne sont pas heureux écrit Albert Camus. Je pensais à cette phrase lorsque Jean me remit, le trois novembre 1995 ce texte pour le journal du secteur.
" J'ai éprouvé une impression de vide qui m'était familière depuis mon enfance, depuis que j'avais compris que les gens et les choses vous quittent ou disparaissent un jour. "
Patrick Modiano. "Livret de famille"
La voie du silence. Des pistes pour méditer par Père Alphonse Goettmann
La divinisation
Ceux qui essaieront d'avancer dans cette voie pourront y intégrer tout leur corps. Mais là un guide est indispensable. Assis sur un petit banc ou sur les talons, comme le conseillent certains Pères, soit dans la verticale, soit au contraire le dos incurvé jusqu'à ce que le menton vienne se poser sur le sternum. Puis diriger le regard sur le milieu de la poitrine.
Dans la détente totale et l'attention la plus aiguë, faire descendre l'intellect dans le coeur et de là laisser jaillir la prière de Jésus, en y ramassant toute la force de notre être : corps-âme-esprit. Toute la visée est la, comme pour toute autre méditation ou prière : que l'intellect descende dans le coeur. Là est le centre de l'homme, la racine de sa substance humaine et en même temps, le locus Dei, trône de Dieu. « C'est par le coeur, dit Théophane le Reclus, que la vie divine se diffuse dans l'homme tout entier... et c'est par le coeur que l'homme entre en contact avec tout ce qui existe et peut saisir le secret même de l'univers... »
Le coeur est l'organe même de notre divinisation... C'est là que l'homme rencontre Dieu face à face. Aussi, tant que l'on ne prie qu'avec l'intellect dans la tête, on ne réalisera jamais une rencontre personnelle avec Dieu, ni avec qui que ce soit d'ailleurs. On peut s'imaginer un brasier ou une flamme, une lumière dans la région du coeur.
Même si l'on recommande parfois de diriger la concentration vers l'ombilic (le nombril) ou de « pousser le Nom de Jésus jusque dans les entrailles » selon certains Pères, c'est toujours le coeur qui reste le point culminant de toute maturité spirituelle. Il est le centre intégrateur du haut (intellect) et du bas (entrailles), le Lieu où l'Homme redevient un. Le coeur s'ouvre quand l'homme a des racines terrestres (Hara) et que l'intellect accepte de descendre de son autonomie indue.
D'autres Pères hésychastes synchronisent respiration et répétition du Nom. Il faut « coller à notre souffle le Nom de Jésus », dit saint Jean Climaque comme si « la prière était continuellement respirée », écrit Hésychius. Concrètement, d'après la tradition byzantine, on peut dire Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu sur l'inspir : et aie pitié de moi pécheur sur l'expir. Si la respiration est trop courte au début, partager la phrase en quatre : sur l'inspir Seigneur Jésus Christ, expir : Fils de Dieu, inspir : aie pitié, expir : de moi pécheur. Aspirer doucement l'air avec les paroles.
En général, à moins d'une grâce exceptionnelle, l'invocation du Nom est d'abord extérieure : on la prononce avec les lèvres et les cordes vocales ; puis elle pénètre dans l'intellect pour devenir mentale : on la prononce alors sans les lèvres ni la participation des cordes vocales ; ensuite elle s'intériorise en descendant dans le coeur où sa répétition se fait de plus en plus spontanément et sans effort volontaire ; enfin, dernière étape, le méditant est entièrement saisi par la grâce qui désormais est l'auteur de la prière, remplissant le coeur d'amour et de lumière.
Ce sont là les degrés habituels de ce chemin, où chaque pas doit être respecté, sans en sauter aucun. Rien dans ce domaine ne peut être le résultat de notre effort volontaire, rien surtout n'oblige la grâce à être au bout d'une technique psychosomatique. La vraie prière est don gratuit accueilli dans la foi et le repentir. « Plus profond est le repentir, plus court est le chemin », dit le staretz Sophrony, « voilà son unique fondement ». D'où la nécessité d'une lutte sans merci contre tout ce qui fait barrage : toutes les passions qui assiègent notre coeur, dont la première est l'orgueil.
« Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu ! » (MAT 5,8). C'est toute l'oeuvre du retournement de la conscience et du renversement des idoles, la métanoia. Combat ascétique et prière sont inséparables, l'un ne cesse de provoquer l'autre, la réalisation de l'un étant la condition de l'autre et vice-versa. Aussi la prière elle-même est-elle déjà une véritable ascèse. « Le nom du Seigneur descend profondément dans le coeur », dit le moine Chrysostome, « il écrase le dragon et vivifie l'âme ».
Il faut que notre coeur absorbe le Seigneur et que le Seigneur absorbe notre coeur et que tous deux deviennent un. La prière de Jésus pose donc son levier à la racine même de nos passions. Elle entre d'abord dans notre vie « comme une lampe, dans les ténèbres, puis c'est comme un clair de lune, enfin c'est le lever du soleil » (HÉSYCHIUS). A mesure que le démon dénoue ses amarres, nous sommes « incorporés au Christ et devenons sa substance ! » (Saint Syméon le Nouveau Théologien).
Voir aussi sur http://eocf.free.fr/text_goettmann_terre_ciel.htm
- Introduction
- La sensation du divin
- Méditer dans le souffle de Dieu
- La prière du coeur
- La présence de l'énergie
- La divinisation
- Vivre dans la divine Trinité
- Béthanie
Livre d'Isaïe 29,17-24.
Encore un peu de temps, très peu de temps, et le Liban se changera en verger, et le verger sera pareil à une grande forêt. En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre. Quant aux aveugles, sortant de l'obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront.
Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, les pauvres gens exulteront à cause du Dieu Saint d'Israël. Car ce sera la fin des tyrans, ceux qui se moquent de Dieu disparaîtront, et tous les gens empressés à mal faire seront exterminés, ceux qui font condamner quelqu'un par leur témoignage, qui faussent les débats du tribunal et font tomber l'innocent par leur mensonge.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, Dieu de la maison de Jacob, lui qui a racheté Abraham : Désormais Jacob n'aura plus de honte et son visage ne pâlira plus ;
car, en voyant ce que j'ai fait au milieu d'eux, ils proclameront la sainteté de mon nom, ils proclameront la sainteté du Dieu Saint de Jacob, ils trembleront devant le Dieu d'Israël. Les esprits égarés découvriront l'intelligence, et les récalcitrants accepteront qu'on les instruise.
Actualités
11 décembre 2011. 24 fenêtres de l'Avent
« Dieu a tant aimé le monde » : Méditation de l’Évangile du dimanche 26 mars
ROME, Vendredi 24 mars 2006 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile de ce dimanche, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.
Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 3, 14-21
De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne lui soient reprochées ; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu ».
© AELF
C’est ainsi que Dieu a aimé le monde !
Dans l’Evangile de ce dimanche nous trouvons l’une des phrases les plus belles et les plus réconfortantes, en absolu, de la Bible : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ».
Pour nous parler de son amour, Dieu s’est servi des expériences d'amour que l’homme fait dans son milieu naturel. Dante dit qu’en Dieu existe, comme relié dans un même volume « ce qui par l’univers est en feuillets épars ». Tous les amours humains – conjugal, paternel, maternel, d’amitié – sont les pages d’un cahier ou les étincelles d’un feu qui trouve en Dieu sa source et sa plénitude.
Dans la Bible, Dieu nous parle avant tout de son amour à travers l’image de l’amour paternel. L’amour paternel est fait d’incitation, d’élan. Le père veut faire grandir son fils en le poussant à donner le meilleur de lui-même. Ce faisant, un père louera difficilement son fils de manière inconditionnelle, en sa présence, de peur qu’il croie être arrivé au but et ne fasse plus d’efforts. La correction est également une caractéristique de l’amour paternel. Mais un vrai père est également celui qui donne la liberté et la sécurité à son fils, qui le fait se sentir protégé dans la vie. C’est pour cette raison que Dieu se présente à l’homme, tout au long de la révélation, comme « son rocher et son rempart », « forteresse toujours proche dans l’angoisse ».
En d’autres occasions, Dieu nous parle avec l’image de l’amour maternel. Il dit : « Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15). L’amour de la mère est fait d’accueil, de compassion et de tendresse ; c’est un amour « viscéral ». Les mères sont toujours un peu complices des enfants et doivent souvent les défendre et intercéder pour eux auprès de leur père. On parle toujours de la puissance de Dieu et de sa force ; mais la Bible nous parle aussi d’une faiblesse de Dieu, de son impuissance. C’est la « faiblesse » maternelle.
L’homme connaît par expérience un autre type d’amour, l’amour sponsal, dont on dit qu’il est « fort comme la Mort » et dont les traits « sont des traits de feu » (cf. Ct 8, 6). Dieu a également eu recours à ce type d’amour pour nous convaincre de son amour passionné pour nous. Tous les termes typiques de l’amour entre un homme et une femme, y compris le terme « séduction », sont utilisés dans la Bible pour décrire l’amour de Dieu pour l’homme.
Jésus a parfait toutes ces formes d’amour, paternel, maternel, sponsal (combien de fois s’est-il comparé à un époux !) ; mais il en a ajouté une autre : l’amour d’amitié. Il disait à ces disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs... maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15,15).
Qu’est-ce que l’amitié ? L’amitié peut constituer un lien plus fort que le lien de parenté. La parenté consiste à avoir le même sang ; l’amitié à avoir les mêmes goûts, idéaux, intérêts. L’amitié naît de la confidence, c’est-à-dire du fait que je confie à un autre ce qu’il y a de plus intime et de plus personnel dans mes pensées et mes expériences.
Maintenant, Jésus explique qu’il nous appelle ses amis, car tout ce qu’il savait de son Père céleste, il nous l’a fait connaître, il nous l’a confié. Il a partagé avec nous des secrets de famille, de la famille de la Trinité ! Par exemple du fait que Dieu privilégie les petits et les pauvres, qu’il nous aime comme un père, qu’il nous a réservé une place. Jésus donne au mot « ami » son sens le plus plein.
Que devons-nous faire après avoir rappelé cet amour ? Une chose très simple : croire à l’amour de Dieu, l’accueillir ; répéter, émus, avec saint Jean : « Nous avons cru à l’amour que Dieu a pour nous ! » (cf.1 Jn 4,16).
Sources
- wikipedia



