Musique traditionnelle marocaine

Un article de Nature et Culture en Hautes-Terres.

« Est populaire, tout ce qui n'est pas officiel », Marcel Mauss.

Selon Littré « la tradition, c'est la transmission de faits historiques, de doctrines religieuses, de légendes etc. d'âge en âge par voie orale et sans preuve authentiques et écrites ». Les Anglo-saxons substituent au terme de « tradition orale », le vocable de « folklore » qui signifie étymologiquement « la culture populaire » (de « Folk » ; peuple et « Lore » ; savoir).

Pour Abdelkébir Khatibi la tradition est « le revenir de ce qui est oublié, ce revenir doit être retenu et questionné pour qu'il nous indique le chemin des morts qui parlent. Que dit la tradition, toute la tradition ? La tradition dit le séjour du divin dans le cœur et la raison des hommes...en quelque sorte, la métaphysique est le ciel de la tradition ».

Si le folklore appartient au passé des sociétés industrielles, au Maroc, il reste encore une réalité vivante : chaque ethnie, voire chaque profession dispose d'une sous culture qui lui est propre. C'est le programme de recherche dénommé « Paroles d'Essaouira », en tant que « Carrefour culturel », que Georges Lapassade avait lancé en 1980 et qui visait à recueillir et à analyser, les chants des moissonneurs, des artisans, des marins, des confréries religieuses, des femmes, des comptines d'enfants... Entreprise à laquelle l'auteur de ces lignes participa activement, y compris par cette recherche menée en 1983 à l'Université d'Aix en Provence, sous l'égide du professeur René Duchac. Nous devions constituer un dossier pour chaque fait « folklorique », en le reliant à son contexte historico-social, sans quoi, il demeurerait incompréhensible en lui-même comme l'affirmait Claude Lévi-Strauss, anthropologue et ethnologue français qui a exercé une influence décisive sur les sciences humaines dans la seconde moitié du XXe siècle en étant notamment l'une des figures fondatrices de la pensée structuraliste. Il critiquait le formalisme de Propp en ces termes : « La pratique confirme qu'en matière de tradition orale, la morphologie est stérile, à moins que l'observation ethnographique directe ne vienne la féconder ».

Sommaire

Musique arabo-andalouse

Musique andalouse marocaine

Musique gharnati

Parfois orthographié gharnâti - (mot tirant son origine arabe de la ville espagnole de Granada) constitue le mode musical le plus usité dans la ville marocaine d'Oujda au Maroc où l'on organise annuellement au mois de juin le Festival International de la musique Gharnati. Cette musique demeure une symbiose presque millénaire entre divers apports arabo-hispaniques de l'ancienne Andalousie. Au Maroc la musique arabo-andalouse, forme la base principale du répertoire incluant en plus d'autres formes musicales marocaines arabe et judéo-arabes. Cet art musical a été conservé principalement à Tlemcen en Algérie et à Oujda (proche de la frontière algérienne). On y trouce des influences marquant de la musique turque sous l'empire Ottoman qui sont remarquées au niveau de l'interprétation vocale et instrumentale.

Malhoun

L'origine du Malhoune ou Melhoun ou Malhun en arabe الملحون est un poème mélodique issu d'une culture authentiquement marocaine, qui remonte au XIIe siècle, et emprunte ses modes à la musique arabo-andalouse en simplifiant ses modes et se développe sous une forme littéraire ne respectant pas la structure grammaticale classique (le Qasida). Il est un imposant corpus de poèmes et de chants véhiculés par une double tradition orale et manuscrite, représentant un art plus élaboré des formes de versification notamment en arabe dialectal.

Le poème écrit en zajal (زجل) est enrichi de mélodies populaires, cette création va donner naissance au Malhoun. La chanson populaire arabe au Maroc emprunte ses modes à la musique arabo-andalouse. Il est connu depuis l’époque almohade où de nombreuses productions marocaines et andalouses du zajal ont vu le jour. La forme première du malhoun était véhiculée par les maddahin, s’accommodait en effet très bien avec la mission de diffusion d’informations que s’étaient assigné les premiers Almohades. Le doyen de la musique Melhoun, Haj Houcine Toulali qui avait créé une école de Malhoun qui a contribué à la préservation de cette expression musicale typique reflétant les différents aspects de la vie quotidienne.

Selon des musicologues, il fut chanté par les artisans des villes. Chaque corps de métier et chaque quartier ont leur répertoire et leurs poèmes. Pour eux, le malhoun était un moyen d'atténuer les rigueurs du travail et de rompre sa monotonie. Tant et si bien qu'il est devenu pour eux synonyme de calme et de sérénité, calme par sa musicalité douce et détendue, et serein par la noblesse et la chasteté des paroles. Accompagné par les percussions, le oud, le guembri et le violon, les chanteurs de melhoun racontent, au travers de poèmes parfois très anciens, la vie des vieux quartiers de la medina, les voluptés ou les déceptions de l’amour.

Ce genre tente aujourd'hui de se renouveler. Après le travail de Nass El Ghiwane qui a révolutionné la musique marocaine et dans le paysage culturel du pays, puis de Jil Jilala et plus récemment à travers le rap (Fnaïre). Toutes ces formation ont tenté de le rendre plus accessible, mais si peu authentique. Les femmes s’en sont également emparées, l’adaptant avec bonheur à la tessiture de leurs voix. Pensons à la jeune génération de voix comme Asmae Lazrak, Majda El Yehyaoui (qui a dépoussiéré l'image vieillotte du style musical).

Chaâbi marocain

Musique gnawa

Les Gnaouas ou Gnawas ou قناوة (un mot dérivé du N'Goni africain) : descendants d'anciens esclaves issus de tribus (parfois entières) d'origines d'Afrique Noire (Sénégal, Soudan, Ghana...). Les confréries actuelles des Gnawas pratiquent encore de nos jours des rituels importants où la musique et le chant jouent un rôle essentiel. Le Festival des Gnaouas à Essaouira est un haut lieu de rassemblement annuel de cette confrérie. Ils pratiquent ensemble un rite de possession syncrétique (appelé Lila au Maroc, derdeba et diwan en Algérie ou encore stambali en Tunisie).

Musique amazigh

Le Maroc est le pays du maghreb qui contient certainement le plus grand nombre d'ethnies berbères différentes, ce qui enrichi considérablement son patrimoine musical. L'expression de l'âme berbère passe incontestablement par les chants et la musique qui se transmettent de génération en génération. Les chants associé aux danses amazighs sont un spectacle fascinant, riche en poésie et en couleurs. La musique amazighe propose des variantes régionale et des différents langues amazighophones du pays. Cette musique peut être "moderne" ou "traditionnelle". L'expression la plus profonde de l'âme berbère réside par les chants et la musique qui se transmettent de génération en génération. La rythmique constitue la base fondamentale de cette musique. La danse accompagne toujours les chants. Ainsi, les trois styles de danse et de chants berbères correspondent à différentes zones linguistiques.

“Dakka Marrakchia”, une tradition musicale ancestrale ...

Culture hip-hop au Maroc

Le rap marocain se démarque clairement du rap américain ou du rap français par sa localité, sa proximité de la jeunesse marocaine pour qui le rap devient un moyen d’expression par excellence ainsi que par la relative influence de l'environnement musical traditionnel marocain qu'il subit. Ce phénomène de contre-culture est essentiellement citadin et évolue en se mêlant à d'autres genres musicaux locaux comme le chaâbi, le raï, musique gnawa, et se mariant à des styles occidentaux comme la soul, le funk, le reggae, le hard rock, la musique folk, ou encore le jazz...

Il persiste de nos jours encore une grande résistance culturelle à ce mouvement de contre-culture au Maroc. Le rap marocain est doté d'une forte personnalité, oscillant d'une part entre revendications socio-politiques, messages positifs, festifs, pour d'autres formation l'aspect commercial est fort présent.

Comme le malhoun, le rap et le slam sont des manières actuelles de mettre en valeur la langue orale en darija et devient la poésie urbaine par excellence - sous une forme plus contemporaine, argumente-t-elle. Les poètes et interprètes du malhoun étaient des orfèvres de la darija, qui en faisaient plus qu’une langue du quotidien, mais aussi celle de la poésie” : Naïma Lahbil Tagemaouti, la directrice de la Fondation Esprit de Fès, qui a pour objet la promotion des activités favorisant le développement humain de la ville de Fès, à travers la culture et notamment le développement de son tourisme culturel. Je ne citerai à présent que Fnaïre (prononcer Fna-yer signifiant lanterne en langue arabe) qui illustre bien ce phénomène. Cette formation fondée en 2002 entre 4 musiciens originaires de Marrakech. a pu conquérir le public marocain en étant révélé meilleur groupe dans la catégorie hip-hop à l’édition 2004 du Festival du Boulevard des jeunes musiciens de Casablanca. Ce groupe fusionne les rythmes traditionnels marocaines aux beat du rap. Cette musique actuelle dégage une sensualité vibrante d'onirisme intime et d'arrangements savants d'une élégance instrumentale et poétique.

Le Raï

Le Raï est un genre musical qui est apparu au début du XXe siècle autour d’Oran (Algérie présent également au Maroc).

Chanson de variété

Elle subit des influences diverses telles que celles des autres pays arabes en particulier l’Égypte, le folklore marocain et les variétés occidentales. Deux styles se distinguent : le « châabi » (populaire) et le « asri » (moderne)

Musiciens

Ziriab

Abdelkader Rachdi, maître de la musique marocaine

Les Roudanyates - Ensemble des femmes de Taroudant

Voix de femme dans la chanson tamazight du Moyen Atlas : Hadda Ouaâki

Omar Chahid

Les B’net Houariyat : la condition féminine, au-delà des stéréotypes

Abdelkarim Guennoun

Saïd El Meftahi

Abderrahim Amrani Marrakchi

Articles connexes

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