Lemchaheb

De Nature et Culture en Hautes-Terres.

Lemchaheb. Une langue incendiaire, des mots-missiles, une musique lancinante exaltée par la mandoline de Chérif Lamrani et un timbre vocal inimitable de Mohamed Sousdi qui nous plonge dans la transe--Mario Scolas 18 janvier 2012 à 07:05 (UTC)

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Lem Chaheb aussi orthographié Lamchaheb ou encore Lemchaheb مشاهب (qui peut se traduire approximativement de l'arabe par "étoiles filantes", "Le flambeau") est une formation musicale qui propose des ethno-beat déjantés qui ont révolutionné la musique marocaine à l'époque des années de plomb avec un style musical contestataire et ghiwanesque flamboyant et authentiquement marocain.

Sommaire

« Est populaire, tout ce qui n'est pas officiel », Marcel Mauss

Originaires d'une banlieue populaire de Casablanca, leur textes animent une volonté de changement et de progrès économique dans un contexte de malaise social. Malaise qui au Maroc a donné naissance à une effervescence culturelle et artistique à l'exemple des années 1960 en Europe. Une des chansons qui ont popularisé ce groupe est Radi Braïde.

Feu Mohamed Sousdi aimait rappeler à la presse les endurances et humiliations subies par le groupe par la police du cruel dictateur alaouite Hassan II et rappeler que les Lemchaheb étaient les premiers chanteurs engagés à appeler à un Printemps arabe. On se souvient de la chanson intitulée Majmâa Al Arab, (le regroupement des Arabes), à un printemps arabe, et ce depuis 1977. La chanson dit: Oh! Arabes nous devons agir, les navires des étrangers envahissent nos mers...Nos ennemis diront que les arabes se sont enfuis... leur navire démoli ne trouvant de sages pour les guider. Ce qui avait déplu au monarque absolutiste. Leurs titres sont la mémoire vivante de ceux qui on subi les affres de la monarchie marocaine et de son makhzen.

Moulay Cherif Lamrani

La tonalité de sa musique éclatante inspiré en outre de celle pratiquée du gnawa et des chioukhs du malhoun était très « distinctive » (variée), a clear toned electric wiht a chorus and flanger(effets spéciaux) qui a permis au groupe d'acquérir un son plus profond qui était tout à fait complémentaire avec l'acoustique de la mandoline de Lamrani. Son impact musical auprès du groupe est bien présent avec les effets spéciaux et le quart de ton (pour la première fois dans le répertoire mélodique de Lemchaheb). Tout cela devient une « marque déposée ». A son retour, même Lamrani utilise une mandoline acoustique mais « with an electric pickup » et un léger « flanger effect ». Cette nouvelle tendance a fait revivre certaines vieilles chansons tout en écrivant des compositions nouvelles.

Qui pourrait oublier « Gharou mena », « Moualna », « Tbaye’Annass » ou encore « Khlili » ?

Après avoir reçu une offre du groupe allemand « Dissidenten » pour se joindre à eux lors de la réalisation d’un album, Lamrani quitta temporairement le groupe « Lemchaheb » et parti également avec Chadili à Paris où ils composèrent et enregistrèrent « Sahara Elektrik ». Pendant cette période, Noujoum avait pris le groupe en main.

Membres de ce groupe légendaire

Le groupe ne peut pas être cité sans ses fondateurs : Cherif Lamrani qui meurt le 20 octobre 2004 à Rabat et de Mohamed Sousdi (décédé le 17 janvier 2011) qui ont donné toute l'énergie musicale et la couleur vocale du chant. En 1978, Lamrani a quitté le groupe et le remplacent par Noujoum Ouazza à la guitare électrique.

  • Moulay Chrif Lamrani : qui transpose également en darija marocain
  • Saida Beyrouk
  • Mohamed Batma
  • Mohamed Sousdi
  • Mobarak Jadid alias Chadili
  • Mohamed Hamadi
  • Mohamed Bakhti
Mobarak Jadid alias Chadili
Lemchaheb

Evolution musicale

Formé en 1975, à Casablanca, on se souvient des membres du groupe habillés de longues robes noires ornées de flammes rouge et or, qui ne cessent de faire parler d'eux dans tout le Maghreb, le monde arabe et l'Occident.

Ensemble ils revendiquent de produire une musique folk inspirée du patrimoine musical marocain, mais avec des paroles engagée les plus provocantes, bien que leurs objectifs n'ont jamais été en apparence d'ordre politique, mais pour plus de dignité pour le peuple marocain. Ce sont par ailleurs les paroles authentiques de « la génération » Lemchaheb qui nous narre la vie quotidienne d'un peuple face à de multiples problèmes sociaux.

C'est cette simplicité surprenante et pertinente qui fait que le public a pu se connecter si facilement avec la musique du groupe Lemchaheb et leur a permis de s'attacher rapidement à ce groupe devenu un patrimoine culturel authentiquement marocain.

On se souvient également de la collaboration entre les marocains de Lemchaheb et les punks allemands de Dissidenten où ils ont travaillé ensemble pour la bande son du film Fata Morgana.

Comme d'autres formations : Jil Jilala, Nass El Ghiwane, ou encore Taggada, ces troubadours marocains sont arrivés à la musique via la voie du théâtre, d'abord dans les rues, ensuite à travers les associations locales, ces fameux "clubs de la jeunesse" qui proliféraient à l'époque, la scène, les cafés, et même par le Théâtre municipal de Casablanca.

Cherif Lamrani avait créé un répertoire de quelque 250 chansons. Ce musicien, avait inventé un nouvel instrument de musique à corde, une sorte de mandoline était même le véritable cachet musical de Lemchaheb, cet instrument combinait les sonorités d'un instrument de la musique indienne et le oud. En effet, Lem Chaheb a pour particularité d'introduire des instruments électriques modernes et de chanter des textes dénonçant les excès du makhzen et du tyran Hassan II. De ce fait, Ils sont à maintes fois été comparé au groupe de rock britannique Sex Pistols.

Ils ont joué dans les plus grandes salles marocaines - à Agadir, ils ont déplacé près de 25000 personnes - et pour les plus grandes causes telles celle de l'UNESCO. En France, ils se sont produits notamment à l'Olympia, le Bataclan, le Zénith, etc...au plus grand plaisir de la jeunesse, qu'ils soient d'origine arabe ou française et auprès de quelques grands noms de la musique africaine notamment Manu Dibango.

Entre 1984 et 1986, Dissidenten collabore avec Lemchaheb et Jil Jilala.

Postérité - Disparition de ses membres

Riche d'influences musicales diamétriquement différentes comme le raï, la musique berbère, la musique gnawi et mis au diapason du rock et de la pop, Lemchaheb est reconnu pour avoir participé au renouveau de la musique marocaine des année 1970 jusqu'aux années 1980 où le groupe disparaît de la scène. Les membres du groupe choisissent un nouveau chemin.

D'autres formations ont essayé de poursuivre la voie tracée par ces ghiwanes endiablés : Siham, larsad, Wi’am...mais sans pour autant obtenir le même degré de sincérité que Lemchaheb.

Après le décès de Mohammed Batma et Moulay Lamrani, nous avons le chagrin de vous annoncer la disparition de Mohamed Sousdi, un des leaders du groupe de musique ghiwane Lemchaheb لمشاهب. Il était le chanteur du groupe, et sa voix se distinguait par sa suavité et son expressivité inimitable. Il est décèdé des suites d'une crise aiguë des voies respiratoires. C'est une partie de l'âge d'or de la chanson marocaine qui disparait avec lui. La disparition de l'artiste est une "grande perte" pour le groupe Lemchaheb, la chanson des Ghiwane et les amateurs de ce répertoire. Chanteur et parolier, il a marqué le parcours de Lemchaheb par ses compositions et ses interprétations de nombres de chansons, telles "Palestine", "Al Ghadi B'âid" ou encore "Bghit Bladi" et "Rsami".

Aujourd'hui, après plus de 40 ans d'existence le ghiwane est resté une musique underground au niveau international, contrairement à d'autres styles de musique. Nous devons prendre conscience du patrimoine culturel que ce groupe a laissé ! C'est est un vrai trésor qui s'en est allé insiste le musicien Jil El Ghiwane qui met tous ses efforts pour refaire vivre ces musiques en France et en Europe ! Remercions également particulièrement le maalem hamdouchi Abderrahim Amrani Marrakchi qui ne manque pas de faire connaître ces musiques aux jeunes générations pour qui leur textes restent d'actualité dans le contexte actuel marocain dans la mesure où le peuple continue à vivre l'indignité. La jeunesse marocaine de 2012 s'indentifie encore de nos jours dans ses chants incandescents, tous se souviennent que Lemchaheb fut le premier à ferrailler ouvertement, crânement, audacieusement contre toutes les machines oppressives. Le regretté occupait une place importante (dans le champ musical) et se distinguait par la noblesse de ses valeurs.

Remercions également l'artiste Saïd El Meftahi, ce passioné qui tente depuis longtemps de développer et de commercialiser ces musiques du Patrimoine en les labellisant dans des collections discographiques dans les conditions les plus éthiques possibles.

Mohamed Sousdi en août 2011 (Photo de Jill El Ghiwane)

Les derniers souhaits de Mohammed Sousdi parti le 17 février 2011 était de reprendre ses activités au sein du groupe ghiwani.

Malgré les nombreux conflits qui existaient au sein du groupe depuis la disparition de Mohamed Batma et Lamrani, il avait toujours gardé un espoir ! Mais la vie en a décidé autrement. Le défunt, qui a laissé derrière lui une épouse et cinq enfants dont deux filles, est inhumé mercredi 18 janvier 2012 après la prière d'Addohr au cimetière Achouhada.

Discographie

Lemchaheb avait enregistré, chez Cléopâtre à Paris son permier album qui comprend six chansons : Allah ya Dounia Lah, Al Baroud, Hbabi ou hli, Assahra, Bghit bladi, Daouini.

Lemchaheb. Une langue incendiaire, des mots-missiles, une musique lancinante qui nous plonge dans la transe

Hommage à Mohamed Sousdi de LEMCHAHEB

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