La culture pour sortir de la crise

De Nature et Culture en Hautes-Terres.
La culture représente une valeur économique et sociale
Sans culture, l'Europe n'a aucun sens

Sommaire

Contributions

Seuls, nous ne pourrions que nous isoler du monde ; réunis, nous allions pouvoir le transformer. - L'Évangile selon Pilate, Éric-Emmanuel Schmitt, éd. LGF - Livre de Poche, 2002 (ISBN 2253152730), p. 51

Actualités

22 juin 2012/ Aurélie Filipetti : “la culture pour relancer la construction européenne”

A Cannes, les personnalités politiques s’efforcent elles aussi d’occuper le tapis rouge. La nouvelle ministre française de la Culture Aurélie Filippetti s’est offert une première sortie sur la Croisette. Dans une interview pour euronews, la jeune femme expose les défis que la culture doit affronter en Europe.

“Je pense qu’aujourd’hui, le monde culturel est soumis à une révolution qui est celle du numérique,” affirme Aurélie Filippetti. “Donc, on doit trouver de nouveaux modes de financement : de la création à l‘ère du numérique. Donc, il y a vraiment des solutions économiques à trouver pour qu’on continue à avoir une production, une création aussi diverse, aussi variér, aussi foisonnante de ce qu’on voit à Cannes aujourd’hui. Le deuxième aspect très important, – ce qu’il faut qu’on travaille ensemble en Europe avec l’ensemble des pays européens parce que je pense qu’aujourd’hui l’Europe va mal-, c’est que la culture est l’un des moyens de relancer la construction et l’identité européenne et l’attachement des Européens à notre Union européenne.”

“Pour moi,” ajoute-t-elle, “la culture ce n’est pas un divertissement, pour moi la culture c’est quelque chose d’essentiel à la constitution de la liberté de tout individu. Donc, c’est quelque chose dont nous avons besoin profondèment au coeur de notre individualité et c’est aussi une richesse économique formidable.”

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Le Portugal face au quotidien de l'austérité

[...]. Autre exemple d'un secteur sacrifié sur l'autel de l'économie : la culture, et en particulier le cinéma.

Ndlr: Guimarães 2012 : Du discours à la réalité...


24 avril 2012. La culture, un secteur en crise... à cause de la crise

Dans plusieurs pays d’Europe durement touchés par la crise, la culture est mise à mal. Coupe sèche dans le budget destiné à ce secteur, suppression de subventions et même disparition du ministère de la culture comme au Portugal, la situation est alarmante.

Antonio Manfredi, fondateur et directeur du Musée d'art contemporain de Casoria (CAM), situé dans le sud de l’Italie, s’est lancé dans ce qu’il a baptisé la "Art War". En signe de protestation contre les coupes budgétaires qui touchent le secteur de la culture, ce dernier brûle depuis mardi 17 avril, une œuvre d’art par jour. À travers cette action, Antonio Manfredi espère faire bouger les choses et inviter le gouvernement italien à réagir.

Une protestation politique reprise par John Brown, sculpteur du Pays de Galles, qui a mis feu à une de ses œuvres mercredi, en signe de soutien. La vidéo.

Le gouvernement de Mario Monti ne consacre que 0,21% de son budget à la culture alors que l’Italie affirme abriter la moitié du patrimoine mondial. Si Antonio Manfredi tire la sonnette d’alarme, c’est bien parce que la situation est préoccupante. La Scala et le Piccolo Teatro de Milan, deux institutions prestigieuses, ont vu leurs budgets amputés de 17 millions d’euros en 2011. Stéphane Lissner, administrateur français de la Scala a appelé le gouvernement à "ne pas sacrifier" la culture à la rigueur budgétaire, affirmant que le pourcentage consacré à la culture par le gouvernement italien est déjà "un des plus bas en Europe".

Dans les colonnes débats du Huffington Post, Joachim Pflieger publie une tribune sur la situation du secteur culturel en Espagne. Là encore, les chiffres témoignent d’une situation inquiétante. Le budget du Fonds national de Protection de la Cinématographie est passé de 76 millions d’euros en 2011 à 49 millions en 2012. Quant au Prado, musée incontournable de la capitale, il voit ses subventions publiques baisser de 5 millions d’euros.

A Barcelone, le mythique théâtre Liceu a été contraint de fermer ses portes du 20 mars au 10 avril et du 5 juin au 8 juillet, comme le rapportait en février dernier le site http://www.myeurop.info. Les employés sont fatigués de voir une partie de leur salaire partir pour sauver les fonds du théâtre alors que les subventions publiques, elles, diminuent.

En France, également touchée par des coupes dans les budgets d’État alloués à la culture, les professionnels ont fait entendre leur mécontentement. Le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) et la Fédération des professionnels de l’art contemporain (Cipac) ont appelé en février à manifester contre le gel de 6% des crédits du ministère de la Culture. Une décision venue s’ajouter à la hausse de la TVA de 1,5 % sur les livres qui avait fait monter la fureur des librairies indépendantes.

La dépression culturelle touche évidemment le Portugal et la Grèce. Ces pays, les plus affectés par la crise, connaissent des restrictions budgétaires sans précédent. En juin 2011, Pedro Passos Coelho présentait son nouveau gouvernement dans lequel le ministère de la Culture disparaissait pour devenir un simple secrétariat d’Etat. La Grèce voit son patrimoine partir en lambeau faute de moyens suffisants. Alexia Kefalas titrait un article daté du 9 mars, "Le monde de la culture grecque appelle au secours". Le ministère de la Culture n’a pas encore disparu mais les coupes dans le revenu des fonctionnaires dans le secteur énerve. Les artistes sont payés, quand ils le sont, avec des mois de retard "ou des chèques virtuels". De plus, les 19.000 sites archéologiques helléniques sont en danger faute de main d'œuvre suffisante.

Des coupes qui ont des répercussions à grande échelle. The New York Times considérait ainsi que l’appauvrissement du secteur culturel européen se faisait ressentir au niveau des échanges artistiques avec les États-Unis. À titre d’exemple, trois compagnies théâtrales qui devaient se produire au Festival de théâtre Under the radar, à New York, ont récemment dû annuler leur prestation, faute de pouvoir assurer les frais de déplacements. Le journal américain n'a pas manqué de s'étonner d'une telle situation, sur un continent qui a toujours placé le secteur culturel au centre de son identité.

23 février 2012 Sortir de la crise grâce à l'art et la culture

Malgré la période sombre que traverse l’Europe, nous avons de bonnes raisons de rester optimistes et le secteur culturel est porteur d’espoir, d’idées et de croissance économique, écrivent Uffe Elbæk, le ministre danois de la culture, et Androulla Vassiliou, la commissaire européenne à l’éducation, à la culture, au multilinguisme et à la jeunesse.

Le commentaire suivant a été écrit par Uffe Elbæk, le ministre danois de la culture, et Androulla Vassiliou, la commissaire européenne à l’éducation, à la culture, au multilinguisme et à la jeunesse.

Si nous ne pouvons nier la gravité de la crise actuelle, il reste à l’Europe de nombreuses raisons d’être optimiste et confiante. Ce que nous proposons, en tant qu’individus et responsables politiques européens passionnés d’art et de culture, c'est de prendre conscience que le secteur de la culture est une véritable mine d’idées, d’espoirs et de perspectives nouvelles de croissance économique capable de nous aider à sortir de la crise.

Cette crise est avant tout une crise de confiance, non seulement des investisseurs, des responsables politiques et des électeurs, mais de chacun d'entre nous. Si à tous les niveaux, les dirigeants politiques et les institutions se démènent pour trouver les bonnes solutions, c’est toutefois à nous, la société, de donner le meilleur de nous-mêmes pour avancer. Nous devons trouver de nouvelles voies pour encourager une croissance qui réconcilie l'homme et l'économie. Il est temps pour nous de prêter davantage attention à l'abondance de talent et d’inventivité que nous offrent le monde artistique et le secteur de la création.

L’art ne se résume pas à l’accessoire – encore qu’il s’avère déjà enrichissant à ce niveau – c'est aussi une façon de penser et d'innover à partir de la réalité. La prospérité et le bien-être de l’Europe de demain seront le reflet des idées que nous aurons eues pour la faire évoluer. Nous devons tous nous transcender en suivant l'exemple des artistes, qui savent déjà tirer le maximum du minimum de substance, sortir des sentiers battus, créer des harmonies nouvelles et donner corps et forme à des idées auparavant inconcevables.

Tout individu ou groupe d’individus a la capacité d'innover et de donner vie à de nouvelles idées, mais les artistes en ont fait leur métier. Et si la crise est économique et politique, elle n’est en rien culturelle. Le secteur de la culture, que ce soit les beaux-arts ou la création, est en réalité plus dynamique et vivant que jamais, et le secteur de la création est à l'heure actuelle l'un des seuls à être en croissance en Europe.

Notre message s’adresse en particulier à trois catégories de personnes:

En premier lieu à l’«Europe politique», c’est-à-dire aux responsables et aux citoyens européens. Les obstacles politiques doivent être levés pour permettre à l'innovation de foisonner et le cadre européen applicable au secteur de la création doit être élargi. Nous devons créer des villes qui attireront et inspireront les bonnes personnes, qu'elles viennent d’Europe ou d’ailleurs. Nous devrons tous faire preuve de courage, prendre les bonnes décisions et établir des priorités audacieuses.

En second lieu, nous vous encourageons, vous les artistes, les institutions et le secteur de la création, à accepter la responsabilité qui va de pair avec la possibilité de jouer un rôle important dans l’avenir de l’Europe. Nous vous invitons à une prise de conscience et vous demandons instamment d'accepter ce rôle qui vous convient dans une Europe en quête d’inspiration et d’idées neuves et nous vous encourageons à nouer le dialogue avec le reste de la société, forts de votre perception différente, critique et créative du monde. En retour, nous nous engageons à vous ouvrir nos portes et à écouter attentivement ce que vous avez à dire.

Enfin, nous nous adressons à la génération montante d’artistes et d’innovateurs: il est temps de lever la tête et d’être fiers de ce que vous êtes. Vous êtes l’avenir et vous avez un rôle vital à jouer en portant le flambeau de l'espoir qui nous aidera à sortir de cette sombre période.


Quel rôle pour les responsables politiques?

Les villes européennes comptent aujourd'hui parmi les plus créatives et les plus dynamiques du monde. Des villes telles que Londres, Milan, Paris, Madrid, Varsovie, Munich, Stockholm, Amsterdam, Berlin et Copenhague ne sont pas seulement des métropoles, ce sont aussi de grands centres de création qui emploient des centaines de milliers de personnes dans ce domaine. Il s'agit certes d’innovateurs généralement associés aux arts tels que les artistes, les cinéastes, les acteurs, les réalisateurs, les sculpteurs, les architectes, les designers, les écrivains, les musiciens et les compositeurs, mais aussi de stylistes, de fabricants, de concepteurs de jeux vidéo ou de publicité, et de tous les esprits libres que comptent les différents secteurs. Ces personnes contribuent non seulement à l'économie de la ville, mais aussi à sa vie et à sa culture. Les villes proposant une vie culturelle riche et diversifiée continuent d'attirer les talents créateurs et innovateurs, qui contribuent à la santé économique et au bien-être général de la ville. Cela vaut pour les grandes villes, mais aussi de plus en plus pour les villes européennes de petite et moyenne taille.

En outre, non seulement le nombre mais aussi la concentration de professionnels de la création sont impressionnants. Une étude récente effectuée par le groupe de réflexion danois FORA montre qu’à Copenhague, le secteur le plus important est celui de la création: quelque 70 000 personnes ont un emploi soit en rapport direct avec la création, soit dans des activités bénéficiant des innovations de ce secteur, telles que la vente d’articles de mode. En 2008, la création générait 12 % de la croissance au Danemark, soit huit fois plus que l’agriculture, l’horticulture et la sylviculture réunies, et 21 % des jeunes pousses (start-up) danoises avaient trait au domaine de la création. Dans l’Union européenne, la création représente entre 3,3 % et 4,5 % de l'économie, selon les méthodes de mesure. La croissance de l’emploi dans ce secteur est plus forte que dans les autres: elle y atteint 3,5 % par an, contre 1 % tous secteurs confondus. Dans les autres secteurs, les entreprises qui obtiennent les meilleurs résultats, sont celles qui comptent le plus de salariés ayant reçu une formation à finalité créative.

Et cette croissance se poursuit. Dans l'ensemble, le secteur de la création se développe au fur et à mesure que l’association des compétences artistiques et de la technologie donne lieu à de nouvelles avancées dans l’architecture, le design, le cinéma et tant d’autres domaines où le rôle de la créativité, de l’inventivité et de l’intuition artistique gagne en importance. Les Nations unies décrivent désormais le secteur de la création comme l’un des plus dynamiques au monde, avec une croissance mondiale moyenne de 14 % par an entre 2002 et 2008.

La proposition de nouveau programme «Europe créative» de la Commission européenne vise précisément à soutenir les artistes et les professionnels du secteur de la création en Europe. Nous invitons tous les responsables politiques à favoriser les initiatives susceptibles de sortir l’art de son isolement et d’en faire, avec la création et les activités culturelles, une composante de la société dans son ensemble. Les artistes et la créativité pourraient être encore plus présents dans nos écoles primaires, et devenir un catalyseur de l’innovation dans le milieu professionnel. L’art doit sortir de ses murs et s'insinuer dans les esprits.

En outre, une vie culturelle animée donne naissance à des villes où il fait bon vivre, qui peuvent ainsi attirer encore plus de professionnels de la création. Les régions touchées par la dépopulation et la fuite des jeunes talents peuvent être redynamisées par la culture. Les villes européennes regorgent de possibilités en raison de leur riche héritage historique et de leur mélange fertile de cultures et de langues. En intégrant mieux la culture dans l'aménagement urbain, la politique sociale et le développement d’activités, nous pouvons rendre les villes beaucoup plus attractives, agréables à vivre et économiquement durables.

Nous pensons également qu'un recours créatif à la culture dans la politique étrangère et dans le développement peut être bénéfique, Cela pourrait se faire, par exemple, en associant des artistes et des professionnels de la création au renforcement des institutions et infrastructures culturelles du monde en développement. La culture est au cœur de notre partenariat stratégique avec la Chine; lors du sommet UE-Chine ce mois-ci, les 14 et 15 février, nous avons franchi une nouvelle étape dans notre coopération en lançant le dialogue interpersonnel de haut niveau UE-Chine. L’Union a également renforcé son partenariat culturel avec le Brésil. L’art et la culture symbolisent déjà dans une large mesure l'Europe aux yeux du monde, et nous sommes conscients que ce domaine est l’un des points forts de notre continent.

Il s'agira de donner corps aux idées qui éclosent dans les salles de réunion et les débats politiques. Nous devons construire des ponts solides entre les artistes, le secteur de la création et d’autres secteurs tels que l'éducation, la production et la recherche. Il y a beaucoup à gagner, ne serait-ce qu’en suscitant de nouvelles relations, et cette stratégie peut donner lieu à une très forte croissance sans nécessiter de gros investissements financiers. Le changement est avant tout une question de mentalité et de communication, et suppose de placer les bonnes personnes au bon endroit. Nous devons investir dans la culture, non pas en dépensant plus d’argent mais en établissant les bonnes priorités, en encourageant les bons partenariats et en instaurant un cadre réglementaire favorisant la créativité. Ce programme reçoit un large soutien de la part de toutes les tendances politiques. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a notamment fait savoir qu'il était favorable à l’idée de mettre davantage l'accent sur la culture.

L’initiative «Team Culture 2012», que lancera le ministre danois de la culture les 27 et 28 février à Copenhague, sera l'un des outils utilisés pour élever le débat. Douze grands noms de la culture européens y rédigeront un manifeste décrivant le rôle que peut jouer ce domaine en temps de crise, l’objectif étant de donner une impulsion au débat européen; ce manifeste fera l'objet d'une grande conférence, qui réunira des décideurs politiques européens en juin, à Bruxelles.

Quel rôle pour les artistes?

Vous, les artistes, devez prendre conscience de votre potentiel et réaffirmer votre autorité. Soyez à la hauteur de la responsabilité que vous confère votre talent. La société construit sa propre histoire et les artistes et institutions artistiques doivent y regagner leur place d’acteurs centraux en descendant dans l’arène. Vous avez beaucoup à offrir et nous avons beaucoup à gagner. Nous devons être davantage à votre écoute et apprendre votre langage, mais vous devez, vous aussi, mieux comprendre nos besoins et communiquer avec nous.

Il s’agit d’une invitation, pas d’un ordre. Il n’est pas question de vous persuader de sacrifier votre intégrité artistique sur l’autel de la croissance et de l’entrepreneuriat. Au contraire, il est important que vous continuiez à faire ce que vous faites déjà, mais en nouant des relations plus étroites avec le reste de la société. Créons de nouvelles relations. En tant qu’artistes, vous avez une manière unique de donner du sens à ce qui n’en a en apparence pas, d’observer le chaos du monde et d’y insuffler espoir et perspective. Vous avez une réelle contribution à apporter.


Quel rôle pour la nouvelle génération?

Aux étudiants et aux prochaines générations d’artistes et d’innovateurs, nous disons: L'avenir vous appartient!

Si nous n'avons d'autre choix que d'accepter la crise en tant que telle, il importe que nous discernions ce qu’elle peut également nous offrir: une merveilleuse occasion de remettre l’Europe sur la voie et de nous réinventer en mieux. Ces moments difficiles nous donnent l’occasion de nous interroger sur nos vies et notre structure politique, et de revisiter nos valeurs les plus fondamentales.

Nous avons déjà pu constater le rôle déterminant que pouvaient jouer les jeunes artistes en 2011, lors du printemps arabe. La génération montante d’artistes européens a à la fois une grande responsabilité et une chance unique; elle doit maintenant l’accepter et faire preuve de courage. Ne laissez pas la peur, le désespoir ou les oiseaux de mauvais augure vous arrêter. Ne permettez pas au passé de vous enlever votre avenir. Ou, comme l’expliquait Mme Hillary Clinton: il ne faut jamais gâcher une crise, même une mauvaise.

25 janvier 2012. Guimarães, la culture pour sortir de la crise

Culture et idées

Guimarães, la culture pour sortir de la crise


Ancien haut lieu de l’industrie textile, Guimarães mise sur le statut de capitale européenne de la culture 2012 pour sortir du marasme dans lequel l’a plongée le démantèlement des manufactures, il y a plus de 20 ans.

Antonio Jiménez Barca

Plusieurs crises simultanées assaillent Guimarães, belle ville portugaise d'environ 50 000 habitants, chef-lieu de la sous-région [département] de l'Ave, à 150 kilomètres de Vigo.

Dans les années 1980 et 1990, les immenses manufactures textiles qui jalonnaient toute la vallée de l'Ave n'ont pas résisté à la concurrence chinoise. Depuis lors, elles se languissent, tels de vieux dinosaures.

La vieille ville, joliment préservée à l'ombre du vieux château, est entourée d'usines vides, aux cheminées en brique désormais inutiles. Mais les habitants ont décidé de leur redonner vie en y accrochant des tableaux et en y donnant des concerts ou des représentations théâtrales. Une manière aussi pour eux de survivre.


Des usines reconverties en espaces culturels

En devenant Capitale européenne de la culture depuis ce 21 janvier, elle a prévu la reconversion de bon nombre de ces fabriques en espaces culturels, plateaux de tournage ou résidences d'artistes boursiers. Se réinventer ou mourir, telle est l'alternative.

L'usine de Ramada, une tannerie fermée il y a de nombreuses années, accueillera ainsi au mois de septembre un institut de design, mais d'ici là elle servira de salle de répétition pour un orchestre. La société ASA, enclavée dans la localité voisine de Vizela e Santo Tirso, fabriquait autrefois des couvre-lits et des serviettes de bain.

Elle a arrêté définitivement ses activités en 2006. Avant qu'elle ne devienne grâce à un investisseur privé une sorte de centre commercial, les 24 000 mètres carrés de l'usine accueilleront des expositions de peinture.

Quant à la manufacture textile abandonnée du Comte de Vizela, au XIXe siècle elle employait plus de 4 000 personnes et battait même sa propre monnaie. Le réalisateur espagnol Víctor Erice et d'autres cinéastes comme Jean-Luc Godard ou Aki Kaurismäki (le Finlandais vit près de Guimarães) vont y tourner un film collectif.

La ville n'a d'ailleurs pas l'intention de laisser repartir le cinéma après son passage en 2012. Elle s'est donc dotée d'une équipe de production cinématographique pour ainsi devenir une destination de choix pour les cinéastes.

“Nous avons déjà conclu des accords avec des productions pour 2013, qui sans cela allaient partir pour l'Europe de l'Est”, assure le responsable du secteur audiovisuel de Guimarães 2012, Rodrigo Areias. “Erice lui-même dit qu'il aimerait venir tourner ici”.

Areias nous accueille dans une autre vieille usine de Guimarães, reconvertie en Centre d'art et d'architecture grâce à l'initiative d'un groupe de jeunes architectes de la ville.

Ce bâtiment offre notamment des résidences pour des artistes étrangers invités, ainsi qu'un laboratoire audiovisuel spécialisé dans les robots et les petits jouets mobiles, qui fera les délices de n'importe quel mordu de l'informatique appliquée – et de n'importe quel passionné tout court.


"Le Portugal est né ici"

“Ici, dans la soirée, il vient des gens de la ville”, commente, tout sourire, Arias. Tel est peut-être le secret de Guimarães : ses habitants vivent le statut de capitale culturelle davantage comme un débouché que comme une fête. Pour beaucoup, c'est un peu comme un train qui ne repassera peut-être plus.

Les organisateurs en sont pleinement conscients. “Nous ne voulons pas que l'Orchestre philharmonique de Berlin, qui est très cher, vienne jouer ici ; le fasse très bien, puis s'en aille et adieu”, explique l'un des porte-parole de la candidature.

"Nous voulons faire quelque chose qui s'inscrive dans la durée, qui redonne à la ville toute sa place, et qui fasse intervenir les gens d'ici”. D'où l'une des devises de la ville : “Je participe”. Presque tous les habitants de Guimarães portent à leurs revers des badges avec cette inscription.

Le budget est maigre : 110 millions d'euros. En effet, cette année, le Portugal joue littéralement son avenir en tant qu’État solvable, menacé de faillite et supervisé par la troïka. Il a donc fallu faire preuve d'imagination.

D'où l'idée par exemple d'inviter Buraka Som Sistema. Ce célèbre groupe portugais (qui mélange le kuduro angolais et le hip-hop), donnera un concert le 28 janvier dans le Pavillon polyvalent.

Ce jour-là aura lieu également la mise en place du programme Fais comme chez toi, qui consiste pour les habitants de la ville à prêter leur appartement, leur chambre ou leur couloir à d'autres groupes pour qu'ils y donnent des concerts.

Pas moins de 40 personnes ont déjà accepté d'ouvrir leurs portes. Les fiers habitants de Guimarães répondent à l'appel. Ce n'est pas pour rien, d'après les historiens, si le Portugal est né ici, comme son premier roi, Alfonso Enríquez, qui a habité le célèbre château de Guimarães.

Avec le temps, ce dernier a pris l'aspect d'une vieille usine abandonnée. Et ce n'est pas non plus un hasard si le programme officiel a démarré avec un documentaire sur la musique portugaise intitulé "Nous allons tous jouer ensemble pour mieux nous entendre".


Austérité

Des capitales européennes de la culture petit budget

“Jamais une capitale européenne de la culture n’a éte organisée avec un budget si réduit”, souligne Expresso. Les 25 millions d’euros prévus pour Guimarães 2012 sont peu de chose, si on les compare avec les 226 millions dont a joui Porto en 2001. La responsabilité incombe “à la situation économique que vit l’Europe et aux changements introduits dans les dernières années dans le concept de capitale européenne de la culture”, explique l’hebdomadaire lisboète.

Adopté en 2007, le modèle actuel prévoit deux villes par an, de dimension moyenne (Guimarães partage le titre avec Maribor, en Slovénie). Si autrefois les villes en profitaient pour construire des équipements culturels, aujourd’hui c’est la liaison au tissu culturel de la région qui domine. Voilà pourquoi le philosophe portugais Eduardo Lourenço se demande “si ces célébrations ont des conséquences au delà de l’effet interne” et si l’initiative a toujours un sens, alors qu’il ne reste pas grand choses des espoirs européens qui l’ont fait naître.

7 janvier 2010. La culture est une réponse à la crise, pour Nicolas Sarkozy

Ndlr: 2010 déjà... Comme le temps passe vite. Il est à noter que deux ans plus tôt, soit en 2008, nous avions eu droit une grande déclaration sur la mise en oeuvre d'une grande politique de la vie, (autrement appelée "politique de civilisation" d'après les travaux d'Edgar Morin), mais qui fut oubliée aussitôt dite sans que cela n'affecte grand monde. C'est d'ailleurs l'une des raisons de cet abandon que cette incompréhension globale que cela à suscité. Évidemment, c'est très dommage parce que la mise en oeuvre d'un tel chantier nous aurait permis d'être dans les temps pour cette réponse culturelle et sociale à la crise et qui se fait de plus en plus pressante au fur et à mesure que l'Europe se dégrade et entre en récession. Cela aurait été très simple à mettre en œuvre et très peu couteux. Il fallait partir du bas ( repérer les individus porteurs d'initiatives en ce sens et les mettre en relation afin d'initier cette dynamique civilisationnelle qui ne peut en aucun cas partir d'en haut, des élites, et l'histoire la largement démontré. J'en parle avec une certaine assurance car ce discours 2008 de Sarkozy est intervenu alors que je travaillais déjà a partir des éléments données par Mr Morin pour configurer l'association Nature et Culture en Hautes-Terres et qui est née ainsi en plein coeur des problématiques du milieu rural profond. La réalité a été, comme toujours, qu'aucune écoute n'a jamais eu lieu que cela soit du coté des sociologues, des acteurs sociaux, des politiques et de la société civile. Donc, comment parler d'une politique de civilisation si personne ne sent concerné? Et, de fait, nous avons eu droit à l'amorce sérieuse d'une grande politique de décivilisation dont nous pouvons voir aujourd'hui les fruits. Pour ce qui est de la politique de civilisation, on peut regretter très sérieusement que Mr Morin n'ait pas mis son petit ouvrage en pratique en venant passer quelques jours dans un petit village perdu de la France profonde (parce que c'est de la que fondamentalement les choses devraient partir) et qu'il ait préféré, à pure perte comme il le dira lui-même, s'échiner "à faire passer sa pensée dans le politique" par des participations à des colloques. Il est très bon de sans cesse prêcher la bonne parole du décloisonnement des connaissances et des mondes mais cela implique à un certain moment de sortir du cadre sécurisé de la fonction d'intellectuel et d'universitaire afin d'entrer dans le domaine de l'action. Il serait venu par exemple soutenir cette démarche menée en Aveyron, voilà que nous aurions pu véritablement avancer. Mais c'est ainsi, on écoute tout ceux qui font savoir et on ferme les yeux sur tous ceux qui font ou qui essayent de faire. Si ce n’est pas cela la véritable raison de la crise...

CM Vinson 26 février 2012 à 12:15 (CET)

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