Existence

De Nature et Culture en Hautes-Terres.

Ex-ister : être en dehors. En ex-île sur la terre.

Écoute ce que dit Michel Bakounine, un homme qui n’aura vécu au siècle précédent le mien que pour dire non à ce qui maintient les êtres humains en esclavage :

« Ce que tous les autres hommes sont m’importe beaucoup, parce que, tout indépendant que je m’imagine… je suis incessamment le produit de ce que sont les derniers d’entre eux ; s’ils sont ignorants, misérables, esclaves, mon existence est déterminée par leur ignorance, leur misère et leur esclavage. […] Moi voulant être libre, je ne le puis pas, parce qu’autour de moi tous les hommes ne veulent pas être libres encore, et ne le voulant pas, ils deviennent contre moi des instruments d’oppression. Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m’entourent, hommes et femmes, sont également libres… Ma liberté personnelle ainsi confirmée par la liberté de tout le monde s’étend à l’infini. »

Abdellatif Laâbi, Le Livre imprévu

Notre intelligence se construit par référence... à nos parents, grand-parents d’abord, à nos frères et sœurs ensuite, à nos "maîtres" et à nos amis enfin. En téléportant nos enfants devant le petit écran, nous les vidons de leurs références au point où ils en viennent à refuser l’autorité des maîtres. Pour les amener à réussir, Martin Hirsch vient de proposer de rémunérer leur assiduité. Ils pourront ainsi acheter d’autres objets et se construire par référence à ces objets. Et notre liberté dans tout ça ? En enfermant les individus dans un monde où l’individuation passe par l’objet, nous en venons à objectiver l’autre en l’oubliant en tant que sujet. Nos sociétés sont devenues d’immenses usines à fabriquer du désir mimétique... et des boucs émissaires, sans référence à l’histoire et la mémoire. Et arrêtons de croire qu’il y ait de l’intelligence à "aimer" une voiture ! (source)

Sommaire

L'imagination est la clef de la création, et toute chose créée par l'imagination, représente toujours une réalité quelque part. Toutes vos pensées sont des énergies, et il est important de saisir qu'elles rendent possible le renforcement et l'accentuation autant du «positif» que du «négatif». C'est votre rôle de le faire, afin que vous puissiez créer un monde meilleur, car votre énergie détient un pouvoir d'une importance primordiale, qui est à la source de tout ce qui se passe sur la planète, donc de vos propres vies. Soyez donc responsables de vous-même en tant qu'individu, et ne vous inquiétez pas de ce que font les autres.

En tant qu'individu, vous avez l'occasion, par vos propres moyens et connaissances, de créer un monde meilleur sur le plan individuel, car vous êtes «âme», et non ce corps physique! Votre existence et votre savoir sont grandioses, mais il vous faut réveiller et réactiver toute cette connaissance au plus profond de vous-même

Idéalisme (philosophie)

[...] Le récit de la multiplication des pains et des poissons nous enseigne dès lors qu'en offrant le pain, symbolisant une attitude de partage de nos ressources essentielles, et le poisson, évoquant une offrande de notre propre fécondité, Dieu est invité à intervenir dans notre vie, selon la qualité de notre réceptivité, pour "multiplier" cette nourriture en lui donnant un caractère nouveau sustentant en nous un sentiment de plénitude. Notre existence est alors transformée radicalement passant d'un état mortifère à une prodigieuse fécondité. Ainsi nous passons du désert du monde à la Terre promise : c'est la Pâque. En effet, celui qui partage et offre ses ressources en suivant le Christ, tout se transfigure. Aux sentiments de limitation, de frilosité et de platitude, se substituent alors de nouveaux horizons, une confiance et un enthousiasme, l'amour ne connaissant pas de limites. C'est donc à cette expérience que le récit de la multiplication des pains et des poissons nous invite.

Les Sept miracles du Christ, le chemin de l’initiation chrétienne. Charles-Raphaël Payeur P. 126


Bêtise : continent infini

Prenons Flaubert le samedi 27 septembre 1878 dans le « Journal » d'Edmond de Concourt : « Flaubert, à la condition de lui abandonner les premiers rôles et de se laisser enrhumer par les fenêtres qu'il ouvre à tout moment, est un très agréable camarade. Il a une bonne gaieté et un rire d'enfant, qui sont contagieux; et dans le contact de la vie de tous les jours se développe en lui une grosse affectuosité qui n'est pas sans charme. »

Ce Goncourt ne comprend rien, cela va de soi, mais il nous donne une précieuse information sur l'ouverture des fenêtres. Flaubert étouffe, il suffoque, son « Bouvard et Pécuchet » lui donne un mal fou, c'est un bouquin infernal, atroce, qui le mène droit à la mort. « Mon but secret est d'abrutir tellement le lecteur qu'il en devienne fou. Mais mon but ne sera pas atteint, par la raison que le lecteur ne me lira pas. Il se sera endormi dès le commencement. »

On n'a pas assez insisté, à mon avis, sur la découverte fondamentale de Flaubert, son trait de génie, sa passion, sa rage. Sartre a eu tort d'inventer pour lui le rôle d'« idiot de la famille », alors qu'il aura été le premier à sonder ce continent infini, la Bêtise. De ce point de vue, Flaubert, c'est Copernic, Galilée, Newton : avant lui, on ne savait pas que la Bêtise gouvernait le monde. « Je connais la Bêtise. Je l'étudie. C'est là l'ennemi. Et même il n'y a pas d'autre ennemi. Je m'acharne dessus dans la mesure de mes moyens. L'ouvrage que je fais pourrait avoir comme sous-titre : “Encyclopédie de la Bêtise humaine”.»

Bêtise de la politique, bêtise de la littérature, bêtise de la critique, médiocrité gonflée à tout va, il faut dire que la fin du XIXe siècle se présente comme un condensé de tous les siècles, ce qui a le don de mettre Flaubert en fureur. Le pouvoir est bête, la religion est bête, l'ordre moral est insupportable, bourgeois ou socialistes sont aussi imbéciles les uns que les autres, et ce qui les unit tous, preuve suprême de la Bêtise, est une même haine de l'Art. « Qui aime l'Art aujourd'hui ? Personne, voilà ma conviction intime. Les plus habiles ne songent qu'à eux, qu'à leur succès, qu'à leurs éditions, qu'à leurs réclames ! Si vous saviez combien je suis écoeuré souvent par mes confrères ! Je parle des meilleurs.» Il faut lire ici (ou relire) la grande lettre à Maupassant, de février 1880, elle est prophétique. Un programme de purification du passé est en cours sous le nom de moralité, mais en réalité (et nous en sommes là aujourd'hui) par la mise en place d'une conformité fanatique plate. « Il faudra, dit Flaubert, supprimer tous les classiques grecs et romains, Aristophane, Horace, Virgile. Mais aussi Shakespeare, Goethe, Cervantès, Rabelais, Molière, La Fontaine, Voltaire, Rousseau. » « Après quoi, ajoute-t-il, il faudra supprimer les livres d'histoire qui souillent l'imagination ».

Flaubert voit loin : les idées reçues doivent remplacer la pensée, il y a, au fond de la bêtise, une « haine inconsciente du style », une « haine de la littérature » très mystérieuse, animale, qu'il s'agisse des gouvernements, des éditeurs, des rédacteurs en chef des journaux, des critiques « autorisés ». La société devient une énorme « farce », où, dit-il, « les honneurs déshonorent, les titres dégradent, la fonction abrutit ». Renan se présente à l'Académie française ? Quelle « modestie » ! « Pourquoi, quand on est quelqu'un, vouloir être quelque chose ? » Savoir écrire et lire est un don, sans doute, mais aussi une malédiction : « Du moment que vous savez écrire, vous n'êtes pas sérieux, et vos amis vous traitent comme un gamin.» Bref, l'être humain est en train de devenir irrespirable.

En janvier 1880, vers la fin de son existence physique de saint halluciné, Flaubert écrit à Edma Roger des Genettes (sa correspondante préférée, avec Léonie Brainne et sa nièce Caroline, plutôt des femmes, donc) : « J'ai passé deux mois et demi absolument seul, pareil à l'ours des cavernes, et en somme parfaitement bien, puisque, ne voyant personne, je n'entendais pas dire de bêtises. L'insupportabilité de la sottise humaine est devenue chez moi une maladie, et le mot est faible. Presque tous les humains ont le don de m'exaspérer, et je ne respire librement que dans le désert

Simple question : que dirait Flaubert aujourd'hui ? Autre prophétie pleinement réalisée : « L'importance que l'on donne aux organes uro-génitaux m'étonne de plus en plus.» Allons, bon : le sexe lui-même est en train de devenir Bête.

Gustave Flaubert, Correspondance, Tome V. Éditions Gallimard, Coll “la Pléiade”, 1584 p.

Philippe Sollers

Le Nouvel Observateur n° 2250 du 20 décembre 2007.

Actualités

13 juillet 2012. Bassel el-Baba à l’Assembly Hall : un subjuguant salut à Franz Liszt

Bassel el-Baba à l’Assembly Hall : un subjuguant salut à Franz Liszt


Chirurgien et pianiste, Bassel el-Baba se place dans la digne et rare tradition de l’humanisme de la Renaissance. Et c’est dans l’esprit de cette Renaissance que l’interprète a tenu à faire revivre, à l’Assembly Hall de l’AUB, la sonate en si mineur de Franz Liszt et le concerto pour piano n. 4 en sol majeur de Beethoven.

Entamé par la sonate de Liszt, le concert a reflété l’oscillation entre un thème violent et menaçant, méphistophélique, et une mélodie suave et cristalline; le timbre sévère et nerveux du premier thème contrastant avec l’envolée du second. L’interprétation a clairement rendu la lutte du bien et du mal. El-Baba a ainsi navigué entre le premier spectre symphonique et le second, transportant l’audience de l’écoute tendue à la délicieuse rêverie.


Le concerto de Beethoven, plus ludique, inspiré du mythe d’Orphée, a ensuite été interprété sur deux pianos. El-Baba et Sabalbal, professeur au Conservatoire national de musique, ont bien rendu la poésie et l’intériorité des mouvements et ont ménagé un espace à l’improvisation. Une meilleure synchronisation entre les deux instruments serait toutefois souhaitable. Le court prélude Opus 37 d’Alexandre Scriabine, qui questionne succinctement l’origine du cosmos et de l’existence, a élégamment clôturé le concert. L’audience, enchantée et unanime, a salué l’effort et le brio du pianiste, d’autant plus que le programme comprenait des pièces difficiles. La sonate de Liszt, qui requiert une technique indéfectible et une sensibilité à fleur de peau, est rarement jouée au Liban.

22 juin 2005. La musique classique sort les enfants du ghetto

On le sait, la musique adoucit les mœurs. Au Venezuela, elle fait même mieux : dans les quartiers les plus déshérités, elle transforme les enfants et adolescents confrontés à la violence et à la délinquance. Ces jeunes deviennent alors des adultes responsables férus de musique classique, des musiciens professionnels. Cette réussite est due à un programme pédagogique aussi ambitieux que généreux, fondé il y a trente ans et qui a vu passer depuis près de 400 000 enfants, rapporte The Boston Globe.

"L'auteur de ce programme, José Antonio Abreu, 66 ans, avait envisagé dès 1975 l'initiation à la musique classique comme un service social qui pourrait changer l'existence d'enfants pauvres, en danger et particulièrement nécessiteux. Depuis l'époque des premières notes, dans un garage de Caracas, avec onze jeunes musiciens, sa vision a donné naissance à un véritable trésor national, avec plusieurs milliers d'enfants - dont certains n'ont pas plus de 2 ans et d'autres sont sourds ou aveugles - qui se produisent dans des orchestres et des chorales à travers tout le pays. Des centaines d'entre eux font des tournées internationales", ajoute le quotidien américain.

L'initiative de José Antonio Abreu a fait des émules dans vingt-deux autres pays d'Amérique latine. Le Centre interaméricain pour l'action sociale à travers la musique, que l'humaniste a créé, a toujours été financé par les gouvernements vénézuéliens successifs. Son budget annuel s'élève aujourd'hui à 29 millions de dollars - un succès reconnu internationalement par le monde de la musique classique. Ainsi, le Conservatoire de Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis, vient de signer une convention d'échange d'élèves avec le centre, note le grand journal de Boston.

L'apprentissage de la musique est quotidien et intensif. Les élèves font des progrès remarquables. "La grande majorité deviennent membres d'orchestres ou de formations vénézuéliennes ou bien travaillent comme professeurs de musique au sein du programme. Quelques talents exceptionnels ont remporté de grands concours internationaux de direction musicale ou jouent dans de prestigieux orchestres étrangers." Pour sir Simon Rattle, chef d'orchestre du Philharmonique de Berlin, qui a visité le centre l'an dernier, "ce programme est ce qui est arrivé de plus important pour l'avenir de la musique classique"

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