Cris de Paris

De Nature et Culture en Hautes-Terres.

Les Cris de Paris sont des expressions de vente à la criée reprises par les marchands ambulants de Paris.

Sommaire

Histoire

Un peu comme aujourd'hui sur les marchés, ces cris, au nombre d'une cinquantaine, étaient poussés par les marchands ambulants, qui exerçaient leurs activités dans les rues de la capitale, du Moyen Âge à la Première Guerre mondiale.

Ils signalaient ainsi leur présence tout en animant les rues et les places de « cette grand'ville si belle mais si bruyante » (Boileau).

Les cris des marchés de Paris du début du XVIe siècle ont été immortalisés par Clément Janequin (vers 1485-1558) dans une chanson Voulez ouyr les cris de Paris ? (que l'on connaît en général sous le nom de Les cris de Paris).

Quelques cris de métiers

  • Marchand de bois-charbons : Bois-charbons, bois-charbons !.
Spécialité des bûcherons et des charbonniers puis des bougnats (les Auvergnats). Il s’est agi pendant longtemps de charbon de bois puis de « charbon de terre » à partir de 1850.
Pendant ce temps, les femmes et les enfants des bûcherons et des charbonniers vendaient, au porte à porte, des fagots qu’ils avaient ramassés dans les essarts et les bois et qui servaient à allumer le feu dans la cheminée, avec le cri : Modèle:Citation
  • Houx et gui : « Ouzégui ! (sic) - Houx et gui, ouzégui ! Noël, noël !». Puis au « Nouvel an, nouvel an ! Guillanneuf! (sic) Au gui l'an neuf ! Guillanneuf! Au gui l'an neuf ! »
Apanage des enfants, la vente de végétaux sauvages (fleurs, fruit des bois et branchages de décoration était hautement saisonnière : au printemps, roses et jonquilles ; en mai, muguet, aubépine (l' « arbre de mai ») et framboises, à l'automne, marrons, mures, et champignons ; enfin, houx et gui. La boucle était bouclée, il n'y avait plus qu'à recommencer avec les jonquilles. Dans l'intervalle, ils vendaient des fagots (voir supra) et criaient:

Je crie: Fagots, bourrées, bûches!
Aucune fois: Fagots ou falourdes!
Quand je vois que point on ne me huche,
Je dis: Adoncques, achetez Gross'femm'lourdes! (in Les Cris de Paris, éd. anonyme illustrée, Troyes, fin du XVIIIe)

  • Le marchand de balais, auquel "les Cris de Paris" (ibidem), faisaient dire:

Quand hazard est sur les balets.
Dieu sçay comme je boy a plein pot;
Il ne m'en chaut, soient beaux ou laids:
Si les vendrais-je à mon mot?

  • Marchand de marrons : Marrons, marrons ! Chauds les marrons, chauds !.
C’est l’un des rares cris qui ait persisté jusqu’à nous. Mais aujourd’hui comme hier, les marrons sont en fait une sorte de grosse châtaigne. Il ne s'agit donc pas des marrons d'Inde bien connu des enfants mais qui, eux très toxiques, provoquent de fortes hémorragies quand ils sont consommés.
  • Marchande d'oranges : Oranges, oranges ! Qui veut mes belles oranges ?.
Vendues à l’unité, les oranges, extrêmement rares et chères n’étaient acquises que lors de grandes occasions (mariages, Noël, etc.).
  • Marchande d'oublies : Oublies, oublies ! Elles sont bonnes mes oublies !.
Les oublies étaient de gros beignets ronds, percés d’un trou (comme les donuts aujourd'hui), que la marchande avait faits durant la nuit et qu'elle enfilait sur un bâton ou une corde, afin de les vendre à l’unité particulièrement lors des Fêtes religieuses (l'oublie étant en sorte, l'indulgence commune aux pauvres comme aux riches). Cette pratique était déjà relevée par Guillot, dans le Dit des Rues de Paris, qui remonte au

XVIIIe(bien que l'origine du mot "oublie" soit assez imprécise).

A Marseille, les marchands d'oublies criaient:

Marchands d'oublies!
Oublies à la joie! puis pendant les premières années de la Restauration:

Marchand d'oublies,
Vive Louis,
Oublies à la joie,
Vive le roi! A la fin du second Empire, l'usage fit que les Oublies changèrent de nom, se mêlant à d'autes sucreries, pour s'appeler Plaisirs. Et la "Mère Plaisir" très connue sur le boulevard Saint-Michel était grande et grosse, toujours de bonne humeur. Elle modulait avec une voix bien timbrée son cri resté célèbre:

Voilà l'plaisir, messieurs,
Voilà l'plaisir, mesdames,
Régalez-vous! Puis elle ajoutait malicieuse: N'en mangez pas, messieurs, ça fait mourir!
N'en mangez pas, mesdames, ça fait grossir! Chaque passant et passante, comprenait bien sûr l'allusion... et s'empressait d'en acheter pour les dévorer... (In Gouriet, Personnages célèbres des rues de Paris. t. II.)

  • Ramasseur de papiers et chiffons : Oyez mesdames, oyez ! Vieux papiers, vieux chiffons, j’achète à bon prix !
Ces matières, une fois recyclées faisaient un papier de haute qualité : le vélin.
Le serrurier des rues réparait, à domicile, les clés et les serrures coincées ou cassées. Il posait aussi verrous et cadenas.

Autres cris de métiers

C'étaient souvent de jeunes savoyards. Les enfants plus minces pouvaient au besoin se glisser dans les cheminées. Portant leur attirail sur le dos, coiffés d'un bonnet rouge à pompon blanc, chaussés de bottines, vêtus d'une houppelande rouge serrée à la taille, ils avaient les mains, le visage tout noirs et une grande échelle sur le dos : les plus âgés étaient un peu les précurseurs du Père Noël.
  • Sabotier : Sabots, sabots. J'en ai de beaux sabots ! Sabots, sabots ! Ils sont beaux mes sabots !.
Et le sabotier, joignant le geste à la parole, s'empressait de cogner ses sabots l'un contre l'autre, comme le faisaient les enfants pour s'amuser mais aussi pour effrayer quelque animal dangereux (chiens ou loups, chats sauvages...).

Vers 1850, à Paris, on rencontrait des marchands sur la voie publique avec un assortiment de petits balais suspendus à leur boutonnière et plusieurs grands balais chargés sur les épaules. Ils criaient:Des balais! eh! l'marchand de balais!}} ou bien: Faudra-t-il des balais?

Autres Versions

En fait des "Cris" sont retrouvés dans toutes les grandes villes tant en France qu'à l'étranger. On peut ainsi citer:

Les "Cris de France"

Petits palais!
Petits palais!
Je vends des tuts petits palais! (Je vends des tout petits balais!)
Petits palais!

Petits palais!
Ah! Voyez qui's sont pas laids!

Version belge

Version anglaise

Il existe une version anglaise, toute aussi riche, intitulée « Cries of London » (« Cris de Londres », madrigal d’Orlando Gibbons) qui comportait également plus d'une cinquantaine de cris. Par exemple pour la marchande de navets:

  • Turnips and carrots, ho, ho ! - Navets et carottes, ho, ho !
  • White turnips and fine carrots, ho ! White turnips and fine carrots, ho ! Will you buy my choice carrots and young turnips, ho ! White turnips and fine carrots, ho ! - {{citation|Navets blancs et bonnes carottes, ho ! Navets blancs et bonnes carottes, ho ! Achetez mes carottes de choix et mes jeunes navets, ho ! Navets blancs et bonnes carottes, ho !

Vidéos

Clément Janequin: Voulez ouyr les cris de Paris

Les Cris de Paris: Clip "Hung up" - Madonna

Encores - Alpha 888 - Les Cris de Paris

Bibliographie

  • Anonyme; Édition anonyme illustrée des Cris de Paris, publiée à Troyes vers la fin du XVIIe siècle.
  • Régis de la Colombière, Cris de Marseille, p. 175 (vers la fin du XIXe siècle).
  • Restif de la Bretonne, Nuits de Paris. XII. 442 (vers la fin du XVIIIe siècle).
  • Gouriet, Personnages célèbres des rues de Paris. II. 306 (vers la fin du XIXe siècle).
  • Guillot de Paris. Le Dit des rues de Paris (mss. circa 1300). Avec préface, notes & glossaire par M. Edgar Mareuse, et plan de Paris sous Philippe le Bel. Éd. Librairie générale, Paris, 1875. Petit in-12, d'un tirage limité à 360 exemplaires numérotés.
  • Sébillot Paul, Légendes et Curiosités des Métiers. Paris, Ernest Flammarion, Éditeur (circa 1860).

Sources

Liens externes

Voir aussi

Outils personnels
Partager