Choc des civilisations
Un article de Nature et Culture en Hautes-Terres.
C'est une réalité de dire que le monde est divisé et subdivisé en civilisations, religions et cultures. Selon les appartenances, les questions et les priorités se posent différemment : les droits de l'Homme ici, la question nationale et identitaire ailleurs, le problème religieux plus loin. Il y a autant de mondes spatio-temporels, humains et culturels, de représentations géopolitiques, d'imaginaires collectifs, que de perceptions de la société et du monde.
Le Choc des civilisations en anglais The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order) est le titre d'un essai d'analyse politique rédigé par l'Américain Samuel Huntington (professeur de sciences politiques à Harvard), paru en 1996 et traduit en français en 1997. Très controversé depuis sa parution, l'ouvrage a donné lieu à de nombreux débats. Sa thèse concernant le choc des civilisations est exposée pour la première fois dans un article publié en 1993 par la revue Foreign Affair. Elle sera ensuite développée dans son ouvrage "Le Choc des civilisations" paru en 1997. Huntington définit le thème central de ce livre ainsi : « la culture, les identités culturelles qui, à un niveau grossier, sont des identités de civilisation, déterminent des structures de cohésion, de désintégration, et de conflits dans le monde d'après la guerre froide ».
Le projet de Huntington est d'élaborer un nouveau modèle conceptuel pour décrire le fonctionnement des relations internationales après l'effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980. Toutefois, il ne prétend pas donner à son modèle une validité qui s'étende forcément au-delà de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle et s'appuie sur une description géopolitique du monde fondée non plus sur des clivages idéologiques « politiques », mais sur des oppositions culturelles plus floues, qu'ils appelle « civilisationnelles », dans lesquelles le substrat religieux tient une place centrale, et sur leurs relations souvent conflictuelles.
Sommaire |
Contributions
Le choc des civilisations. Fiche de lecture sur l'ouvrage de Samuel Huntington
Le mythe du rempart du choc des civilisations
La Tunisie est admirée. Ce pays ressemble à beaucoup d’égard à Singapour : un miracle économique pour un petit pays, et un subtil système politique autoritaire. La réussite de Singapour a été souvent expliquée par les “valeurs asiatiques” du Confucianisme, de la primauté du la communauté sur l’individu et du respect de la morale, des traditions et des anciens. C’est en tout cas le discours de Lee Kwan Yew, ancien président de la cité-état et architecte de sa réussite (Samuel Huttington dans son célèbre ouvrage Le choc des civilisations le cite à toutes les pages sur l’Asie sans jamais prendre ses distances) (1). Ben Ali, quant à lui, propose aux européens une synthèse harmonieuse entre Orient (ou Islam) et Occident. Les défenseurs les plus dangereux de la division entre Orient et Occident, ce ne sont pas les plus bellicistes (les islamistes radicaux ou les néo-conservateurs), mais ceux qui y prône la paix. Comme si la transformation du monde musulman vers la modernité passait obligatoirement par la violence si elle n’est pas maîtrisée par une force politique suffisamment légitime et autoritaire. Il n’est pas étonnant alors que le président Nicolas Sarkozy attache tant d’importance à « prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident », « sans doute l’un des plus important défi du monde ». Pas étonnant non plus, le projet cher à Nicolas Sarkozy d’une Union méditerranéenne réconciliant l’Europe et l’Afrique.
N’en déplaise aux théoriciens du choc des civilisations et de la confrontation entre un fantasmatique Orient et un Occident diabolisé, des esprits éclairés s’évertueront toujours à appeler au dialogue et à la compréhension mutuelle. L’exemple donné par Goethe, dans la citation suivante, par laquelle nous conclurons, mérite méditation : « J’ai toujours eu une grande estime pour la religion prêchée par le prophète Sidna Mohamed parce qu’elle déborde d’une vitalité merveilleuse. Elle est la seule religion qui me paraît contenir le pouvoir d’assimiler la phase changeante de l’existence - pouvoir qui peut la rendre alléchante à toute période. J’ai étudié cet homme merveilleux, et, à mon avis, loin d’être un antéchrist, il doit être appelé le sauveur de l’humanité. (...) J’ai prophétisé sur la foi de Mohamed, qu’elle sera acceptable à l’Europe de demain comme elle commence à être acceptable à l’Europe d’aujourd’hui ».
Plan du livre
Préface:La table des matières se fonde sur l'édition 2000 de la traduction française chez Odile Jacob. La table des matières ne compte que quatre parties, mais dans son introduction (p.17 et 18), Huntington fait explicitement référence au cinq parties de l'ouvrage.
- Première partie - Un monde divisé en civilisations
- Chapitre premier - Le nouvel âge de la politique globale
- Chapitre II - Les civilisations hier et aujourd'hui
- Chapitre III - Existe-t-il une civilisation universelle ? Modernisation et occidentalisation
- Deuxième partie - L'équilibre instable des civilisations
- Chapitre IV - L'effacement de l'Occident : puissance, culture et indigénisation
- Chapitre V : Économie et démographie dans les civilisations montantes
- Troisième partie - Le nouvel ordre des civilisations
- Chapitre VI : La recomposition culturelle de la politique globale
- Chapitre VII : États phares, cercles concentriques et ordre des civilisations
- Quatrième partie - Les conflits entre civilisations
- Chapitre VIII : L'Occident et le reste du monde : problèmes intercivilisationnels
- Chapitre IX : La politique globale des civilisations
- Chapitre X : Des guerres de transitions aux guerres civilisationnelles
- Chapitre XI : La dynamique des guerres civilisationnelles
- Chapitre XII : L'Occident, les civilisations et la civilisation
Le monde est divisé en entités civilisationnelles, c'est-à-dire que l'on peut mettre en évidence des groupes de civilisations regroupant à leur sein plusieurs communautés culturelles qui ont en commun un territoire, une religion, des coutumes et des mœurs. La fin de la guerre froide fait ressurgir des questions identitaires. Or, « On sait qui on est seulement si on sait qui on n'est pas », autrement dit tous ceux à la recherche de leur identité ont besoin d'ennemis. Mais qui sont ils ? Les peuples se rapprochent à ce qui leur tient le plus à cœur : leur culture, (si longtemps écrasée par le colonialisme et la lutte de la guerre froide). Ils se définissent par leur langue, leur religion, leurs traditions. Selon lui, les guerres qui ponctueront le 21ème siècles ne seront ni économiques ni idéologiques mais culturelles. Toute civilisation se considère comme le centre du monde et détenant la vérité donc elle écrit l'histoire comme elle l'entend et la transmet parfois de façons totalement déformée. Les états possédant une culture similaire s'allient car ils estiment mieux se comprendre puisqu'ils partagent les mêmes valeurs. Ils coopèrent culturellement et économiquement (zones de libre échange, union douanière, marché commun, union économique…) Un pays isolé n'a pas d'affinités culturelles avec d'autres sociétés. Quasiment tous les pays sont hétérogènes (deux groupes religieux, raciaux, ethniques…).
Il existe d'une part les pays divisé (2 cultures veulent se séparer) et les pays déchirés (les dirigeants veulent introduire une nouvelle civilisation alors que le pays avait déjà une même culture). Il faut trois conditions pour le changement de civilisation réussisse. L'élite politique et économique doivent soutenir le mouvement, l'opinion doit être prêt à être acceptée et l'autre civilisation doit accepter le pays converti en son sein. Beaucoup ont échoué comme la Russie, la Turquie, le Mexique et l'Australie.
Huntington dénombre 8 civilisations :
- 1. la civilisation chinoise qui repose sur le confucianisme ;
- 2. la civilisation japonaise, dérivée de la culture chinoise, est shintoïste
- 3. la civilisation hindoue avec l'hindouisme ;
- 4. la civilisation musulmane autour de l'islam ;
- 5. la civilisation occidentale ou judéo-chrétienne ;
- 6. la civilisation orientale ou Christianisme orthodoxe ;
- 7. la civilisation d'Amérique latine est chrétienne, mais s'éloigne de la civilisation occidentale devant le renouveau des cultures indigènes ;
8. la civilisation africaine à partir de la religion dite « traditionnelle ».
"Le rendez-vous des civilisations" de Youssef Courbage et Emmanuel Todd
Les auteurs ont écris ce livre en contradiction avec «le choc des civilisations», écrit en 2000 par l'américain Samuel Huntington qui prédit une confrontation entre islam et occident. Mais on peut donc se demander, quels sont les facteurs démographiques qui permettent aux auteurs de soutenir que l'on ne se dirige pas vers un "choc des civilisations" comme le prévoit Huntington mais plutôt vers un "rendez-vous des civilisations" ?
Pour répondre à l'Américain Samuel Huntington qui a prédit une inéluctable confrontation entre l'islam et l'Occident, ils se sont penchés sur les caractéristiques humaines des différents pays musulmans. Non sans parti-pris, ils en concluent que ces pays évoluent comme les autres et sont, pour la plupart, voués à s'aligner sur les standards occidentaux !
La démographie s'est longtemps fixée comme horizon le schéma de la transition démographique. Celui-ci énonce que les sociétés, en entrant en modernité, font dans un premier temps reculer la mortalité, ce qui entraîne une période de forte croissance de leur population. Puis ces sociétés vont contrôler leur natalité, l’amenant à un équilibre, au seuil de deux enfants par femme. Cette théorie est contestée aujourd’hui pour ne pas avoir prévu que les pays qui atteindraient ce seuil d’équilibre se retrouveraient rapidement aspirées dans l’abîme du vieillissement. Le livre renouvelle le regard porté sur les liens entre démographie et société, notamment pour des pays comme la Syrie ou le Pakistan. Il se montre parfois iconoclaste : les auteurs soutiennent ainsi avec brio que l’Iran est bien plus moderne, au point de vue démographique et sans doute sociétal, que la Turquie !
Actualités
24 juin 2009. LA BURKA EN OCCIDENT : Vers un choc inexorable des civilisations ?
Discours de Mahmoud Ahmadinejad à la conférence de Durban II
Intervenant devant la conférence mondiale contre le racisme (dite « Durban II »), le président iranien a dénoncé la hiérarchisation des États au sein de l’ONU et de ses agences comme des expressions du racisme occidental. Il a souligné qu’usant de leur droit de veto illégitime, de grandes puissances ont permis le développement d’un régime raciste en Palestine occupée. (source)
Contributions
Liens externes
Articles connexes
- Qu’est-ce qu’une barrière culturelle ?
- Tous ensemble pour la paix !
- Tour du Monde des Religions
- Dialogue interculturel et interreligieux
- Dialogue entre les civilisations
- Nouvel ordre mondial
- Culture de masse
- Nature et Culture à New York
- Europe
- Orient et Occident
- Civilisation
- POUR UNE POLITIQUE DE CIVILISATION
- Fin de l'histoire



